Comment négocier un contrat avec un interlocuteur brésilien, japonais, kenyan ? Apprendre une langue étrangère en immersion permet une meilleure appréhension du monde du travail et de ses codes. L’erreur commise par beaucoup est de se reposer sur l’anglais. Au contraire, apprendre la langue locale rend l’expatrié plus à l’aise dans son entreprise (qu’elle soit locale ou internationale), et plus vite opérationnel. Il comprendra mieux sa nouvelle culture d’entreprise, participera activement aux réunions, saisira les particularités du langage des affaires. Toutes ces compétences acquises sur le terrain lui vaudront la confiance et le respect de ses supérieurs et collègues. Il ne sera plus forcément cantonné au pôle international, mais pourra viser les postes nécessitant de parler, lire et écrire la langue locale. Par sa persévérance dans l’apprentissage, l’expatrié montre qu’il n’est pas là par hasard. Il assimile et met en pratique. Réactif, il apprend de ses erreurs, afin de ne pas retomber dans les mêmes travers. C’est le cas de Carlo, italien expatrié en France depuis 2011, qui a vite compris que son intégration passerait par l’apprentissage du français !
Un incident diplomatique a fait le tour du monde en 1969, qui illustre parfaitement ce point de vue : rencontre tendue entre le président américain Nixon et le Premier ministre Sato concernant les exportations japonaises de textile aux Etats-Unis. Nixon exige une réduction de flux massifs de textiles importés aux Etats-Unis, Sato répond par l’ambigu zensho shimasu, soit « Je ferai le meilleur concernant cette situation ». Les américains interprètent cette réponse par la positive mais en réalité, « zensho shimasu » est une formule négative. Nixon est furieux. Les tensions entre les deux pays augmentent d’un cran. De tels incidents ont toujours lieu aujourd’hui, faute de compréhension entre les subtilités du japonais et les interprétations étrangères. Cela expliquerait en partie la difficulté, pour les entreprises étrangères, de s’implanter au Japon, et celle, pour les étrangers, de s’intégrer dans les entreprises japonaises.
Les mêmes incompréhensions sont transposables pour les autres langues/cultures. Travailler en Inde suppose d’en connaître la hiérarchie, très stricte et les codes. Il est coutume de négocier un contrat avec un partenaire de même rang que soi et d’employer de nombreuses formules de politesse à grands renforts de sourires. La rudesse et l’empressement sont le meilleur moyen de tuer tout échange commercial. Les relations d’affaires avec des négociateurs russes réservent d’autres subtilités. Le mot « compromis » est à éviter, car connoté négativement côté russe. A contrario, on pourrait penser que l’expression « c’est difficile » rendrait les négociations compliquées alors que c’est une marque d’ouverture. Autant de subtilités, de champs lexicaux que l’expatrié devine mieux en apprenant la langue en immersion, quelle que soit sa forme (orale, langue des signes, braille).